25/03/2015
Mise à jour : 25 mars 2015 | 17:38
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Un pionnier de la science au Québec
honoré
Par Vanessa Limoges
Vanessa
Limoges /TC Media À cent ans, Pierre Demers est toujours actif dans le monde
des sciences et publie des articles quotidiennement sur son site Web.
Physicien,
inventeur, militant pour la langue française, Pierre Demers a été un pilier de
la science au Québec. Ce chercheur qui a collaboré au projet Manhattan dans les
années 40, qui a inventé une nouvelle classification des éléments et qui a même
enseigné à Hubert Reeves est encore méconnu du public québécois. C’est pour
ramener ce scientifique centenaire à l’avant-scène que le 18 mars, au Salon
rouge de l’Assemblée nationale, il a été nommé Chevalier de l’Ordre de la
Pléiade de la Francophonie.
C’est
dans sa modeste demeure qu’il partage avec son fils que l’homme nous accueille
assis devant son ordinateur. À l’intérieur, des babioles, un peu de désordre,
mais surtout des bouquins. Des livres de tous les grands scientifiques et
auteurs francophones qui témoignent de la rigueur avec laquelle il a mené sa
vie de scientifique et de francophile.
C’est
avec son insigne de l’Ordre de la Pléiade entre les mains qu’il nous confie
qu’il «est très fier, puisque la langue française est mon plus grand combat».
Créé
en 1976, par l’Assemblée parlementaire de la francophonie, cet ordre récompense
les personnes qui ont, tout au long de leur carrière, contribuées à l’essor de
la langue française.
La
députée libérale Christine St-Pierre souligne que «ce prix vient reconnaître sa
contribution dans l’enseignement et la publication en français dans le domaine
des sciences».
Un
physicien au quotidien
Le scientifique qui trainait une pile de documents même lors de ses weekends en
famille, «n’a jamais ouvert la télé, se rappelle son fils, Patrick Demers, en
précisant que l’entièreté de sa vie a été dédiée au travail».
Dans
sa maison, se cachent près de 100 ans de découvertes scientifiques, de
gribouillis nocturnes et de bricoles pédagogiques. Malgré le nombre
impressionnant de livres qui s’y trouvent, l’ordinateur est désormais roi
puisque c’est sur son site Web, qu’il a monté lui-même, qu’il publie des articles
en français chaque semaine.
D’impressionnants
projets
Né en 1914, son parcours le mène en France où il est l’un des premiers
étrangers à obtenir un doctorat d’État de la faculté des sciences de Paris.
À 25
ans, Pierre Demers fait ses premiers pas comme chercheur au laboratoire de
Synthèse atomique de Paris. La deuxième guerre mondiale oblige le prodige à
retraverser l’Atlantique.
En
1943, M. Demers intègre l’équipe du « Montreal Laboratory » de l’Université de
Montréal financé par les États-Unis et relié au Projet Manhattan. Les
recherches qu’il y mène avec ses collègues servent à la création de la première
bombe atomique.
En
tant qu’unique chercheur francophone, il découvre la pile atomique, «une
contribution modeste, mais réelle», souligne M. Demers.
Des
décennies plus tard, dans les années 80, il émet l’hypothèse de l’existence
d’un nouvel élément qu’il nomme le Québécium (Qb). «La réalisation dont je suis
le plus fier», souligne-t-il. Une découverte qui se solde ensuite en un nouveau
tableau périodique elliptique des éléments qui se distingue du traditionnel
tableau de Mendeleïev.
La
passion de l’enseignement
À partir des années 40, il enseigne la physique à des milliers d’étudiants de
l’Université de Montréal et contribue à développer une culture scientifique au
Québec. «J’ai enseigné pendant 33 ans et ce n’était pas assez», raconte-t-il.
Au
début des années 50, Hubert Reeves, célèbre astrophysicien en devenir, se
retrouve dans sa classe. «Je me rappelle tout le bonheur que j’ai eu à
participer à cette expérience, c’était la première fois que je réalisais que
j’avais envie de consacrer ma vie à la recherche scientifique», se
rappelle-t-il sur le site Web des diplômés de l’UdeM, ajoutant que que son plus
beau souvenir universitaire a été de lancer dans le ciel un ballon-sonde avec
son professeur Pierre Demers.
Le
chien de garde du français
À la retraite depuis 35 ans, M. Demers «partage sa vie entre la bataille pour
la langue française, la bataille pour l’indépendance et la recherche sur
l’atome».
Pour
lui, français et science sont indissociables et il ne peut que s’outrer du fait
«que la recherche au Québec soit toujours rédigée d’abord en anglais».
À
partir des années 70, la présence de l’anglais s’intensifie dans les
universités du Québec et sa relation avec le milieu universitaire devient de
plus en plus difficile, voyant d’un mauvais oeil la rédaction de publications
scientifiques en anglais.
Selon
lui, « la science est à travers le monde entier, une façon de se distinguer».
C’est pourquoi,
à ce jour, et durant sa longue carrière, il a toujours publié ses écrits en
français et utilisé sa tribune « pour faire avancer la science dans cette
langue».
Le
centenaire au français impeccable rêve de voir les recherches au Québec être à
nouveau rédigées dans la langue maternelle et pour ce faire, il espère aussi
voir le Québec devenir un pays.